Isolde Veyrane est une jeune femme de vingt-neuf ans à l’allure aussi élégante qu’inquiétante, haute de 1,62 m pour environ 53 kg, elle possède une silhouette fine, élancée et naturellement gracieuse, davantage marquée par la souplesse que par la force physique.
Sa démarche est calme, assurée et mesurée, malgré sa taille relativement modeste, elle dégage une présence frappante, renforcée par son maintien droit, son regard perçant et les tenues sombres qu’elle affectionne.
Isolde possède un visage fin aux traits délicats, avec des pommettes discrètement marquées, un nez droit et des lèvres pâles souvent figées dans une expression calme, son teint est très clair, presque porcelaine, ce qui accentue encore le contraste avec sa chevelure flamboyante.
Ses cheveux sont l’un de ses traits les plus marquants : longs, épais et ondulés, ils tombent en cascades rouges éclatantes le long de son dos et de ses épaules, leur teinte évoque à la fois les braises, le sang séché et les flammes mourantes.
Son regard est troublant. Ses yeux sont vairons : l’un est d’un gris argenté froid et pâle, presque métallique, tandis que l’autre est d’un rouge cuivré profond, rappelant une braise vive. Cette dissymétrie, combinée à son expression souvent impassible, donne à son visage une beauté étrange.
Le signe le plus distinctif d’Isolde est sans conteste son regard vairon, héritage manifeste de sa nature de changeling, son œil gris argenté et son œil rouge cuivré attirent immédiatement l’attention et suffisent souvent à susciter méfiance, fascination ou superstition chez ceux qui la croisent.
Isolde est presque toujours accompagnée de son corbeau, Suie, perché sur son épaule, à proximité ou jamais très loin.
Isolde porte des vêtements sombres, élégants et chargés d’une esthétique occulte assumée. Elle affectionne les longues robes noires aux multiples couches de tissu, les dentelles, les manches amples et les corsages ajustés, souvent rehaussés de détails rouge sombre rappelant ses cheveux et sa magie. Sa tenue évoque à la fois la noblesse fanée, la diseuse de bonne aventure et la sorcière des vieux contes.
Elle porte généralement un large chapeau de sorcière noir, imposant et légèrement usé, qui accentue sa silhouette et encadre son visage. Ses accessoires sont choisis avec soin : bagues fines, pendentifs à symbolique ésotérique, chaînes discrètes, breloques protectrices, fioles, talismans et ornements de métal sombre. Rien n’est jamais totalement purement décoratif ; chaque objet semble pouvoir servir à un rituel, à une lecture de présages ou à quelque pratique occulte.
Sa tenue est presque toujours complétée par la présence de Suie, son corbeau familier, qu’elle traite autant comme un compagnon que comme une extension silencieuse de sa magie.
L'histoire d'Isolde bien avant sa naissance, dans les profondeurs sauvages de Varisie, là où les marais et les forêts abritent des créatures que les habitants des villages voisins préfèrent évoquer à voix basse.
Sa mère biologique était une guenaude, une créature calculatrice et cruelle, qui avait décidé d'engendrer une descendante destinée à rejoindre un jour son coven, pour accomplir son dessein, elle avait besoin d'un géniteur humain. Elle ne chercha cependant ni compagnon ni prétendant, à ses yeux, les mortels n'étaient guère plus que des ressources dont elle pouvait disposer à sa guise.
Son choix se porta sur un voyageur solitaire qui traversait les terres sauvages de Varisie, la guenaude lui tendit une embuscade et le captura, avant de l'emprisonner dans son repaire, loin de toute habitation et de toute possibilité de secours. L'homme fut maintenu en captivité contre sa volonté, privé de liberté et entièrement soumis aux caprices de sa geôlière. La guenaude usa de la terreur, de la violence et de ses pouvoirs surnaturels pour briser toute tentative de résistance.
Elle le viola à plusieurs reprises, dans le seul but de tomber enceinte, pour elle, cet homme n'était rien d'autre qu'un moyen de donner naissance à une enfant. Elle n'éprouvait aucune affection pour lui et ne se préoccupait ni de sa souffrance ni des conséquences de ses actes, lorsque sa grossesse fut confirmée, le prisonnier perdit jusqu'à cette sinistre utilité.
Ce qu'il advint de lui demeure inconnu, peut-être fut-il assassiné, abandonné dans les marais ou conservé prisonnier pour satisfaire quelque autre dessein de sa tortionnaire quoi qu'il en soit, il ne connut jamais la fille issue des violences qu'il avait subies.
L'enfant n'était pas une guenaude, mais une changeling, héritière de la nature surnaturelle de sa mère, ses yeux dépareillés, l'un gris argenté et l'autre rouge cuivré, constituaient déjà un signe visible de cette ascendance.
Sa mère biologique n'avait cependant aucune intention de lui offrir une enfance aimante, elle envisageait sa fille comme une future héritière, une créature qu'elle pourrait rappeler auprès d'elle lorsqu'elle serait suffisamment âgée pour rejoindre son coven et peut-être devenir elle-même une guenaude.
Lorsque la petite fille vint au monde, la guenaude n'éprouva aucun désir de l'élever comme une mère humaine l'aurait fait. Elle voyait en elle une future héritière, une créature destinée à rejoindre un jour son coven et à embrasser sa véritable nature, elle décida donc de laisser Isolde grandir parmi les mortels, non par bonté, mais par calcul.
Une nuit, elle s'introduisit dans une habitation du village isolé de Ravenmoor, où un jeune couple venait récemment d'accueillir un nouveau-né, profitant du sommeil des habitants et de ses pouvoirs surnaturels, elle s'empara du nourrisson et déposa Isolde dans son berceau, dissimulant la substitution par magie, le destin de l'enfant enlevé demeure un mystère, la guenaude put le tuer, l'emporter dans son repaire ou lui réserver un sort plus terrible encore.
Ainsi, Isolde fut confiée à une famille qui ignorait tout de ses véritables origines, tandis que sa mère biologique disparaissait dans les ténèbres, certaine de pouvoir un jour rappeler sa fille à elle, quant au couple, il se réveilla le lendemain sans savoir que l'enfant qu'il tenait désormais dans ses bras n'était pas celui auquel la mère avait donné naissance, la guenaude disparut dans les ténèbres, abandonnant Isolde à cette famille humaine, avec la certitude qu'un jour l'Appel lui permettrait de récupérer sa fille.
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C'est dans le petit village isolé de Ravenmoor, au cœur de la Varisie, qu'Isolde passa les premières années de son existence, loin des grandes cités et des routes les plus fréquentées, elle grandit dans une communauté où chacun connaissait ses voisins et où les traditions se transmettaient avec autant de ferveur que les superstitions.
Ses parents, qui lui avaient donné le nom d'Isolde Veyrane, menaient une existence modeste, rythmée par les travaux quotidiens et les exigences de la vie rurale, rien ne semblait les distinguer des autres familles du village si ce n'était leur fille dont l'apparence singulière ne manqua pas d'attirer les regards.
Dès son plus jeune âge, Isolde possédait deux yeux de couleurs différentes : l'un gris argenté, l'autre rouge cuivré. Cette particularité, suffisamment inhabituelle pour susciter la curiosité, alimentait parfois les conversations des habitants. Certains y voyaient une simple étrangeté de la nature, tandis que d'autres, plus superstitieux, murmuraient qu'une telle enfant ne pouvait être tout à fait ordinaire.
Avec les années, une autre particularité se manifesta, Isolde semblait parfaitement à son aise dans l'obscurité, capable de se déplacer sans lumière là où les autres enfants auraient avancé à tâtons, elle-même n'y trouvait rien d'extraordinaire et peinait à comprendre pourquoi les adultes s'en étonnaient.
Son père, cependant, n'accordait que peu d'importance à ces singularités, homme simple et profondément attaché à sa famille, il aimait sa fille avec une sincérité qui ne souffrait aucune réserve, il prenait plaisir à lui raconter des histoires, à lui enseigner ce qu'il savait et à l'emmener avec lui lorsqu'il devait s'occuper de diverses tâches autour du village, pour lui les yeux dépareillés d'Isolde n'étaient qu'un trait particulier parmi tant d'autres, lorsque certains habitants se montraient indiscrets ou prononçaient des remarques désobligeantes, il intervenait sans hésiter pour défendre sa fille, il lui répétait qu'elle n'avait aucune raison d'avoir honte de son apparence et qu'elle ne devait jamais laisser les autres décider de ce qu'elle était, Isolde lui vouait en retour une affection immense, auprès de lui elle se sentait aimée protégée et libre d'être elle-même.
Avec sa mère, en revanche, les choses étaient plus compliquées, depuis la nuit où la guenaude avait substitué Isolde à son véritable enfant, la femme conservait un sentiment diffus de malaise. Elle n'aurait su expliquer précisément ce qui la troublait, ses souvenirs de cette période semblaient parfois confus comme si certains détails lui échappaient lorsqu'elle cherchait à se les remémorer. Il lui arrivait de contempler longuement le visage d'Isolde cherchant inconsciemment une ressemblance qui ne venait jamais, ses yeux dépareillés sa pâleur et ses facultés inhabituelles ne faisaient qu'entretenir cette impression.
Pourtant, jamais elle ne formula ouvertement ses soupçons.
Elle avait élevé cette enfant depuis son berceau, elle l'avait nourrie, bercée, consolée lorsqu'elle pleurait et veillée lorsqu'elle tombait malade. Elle avait assisté à ses premiers pas, entendu ses premiers mots et partagé avec elle une multitude de petits instants qui constituent la vie d'une famille, elle aimait Isolde, à sa manière, mais cet amour se trouvait constamment contrarié par une inquiétude qu'elle ne parvenait ni à comprendre ni à faire disparaître.
Cette contradiction se manifestait dans les gestes les plus ordinaires, parfois lorsque sa fille venait spontanément chercher une étreinte, elle marquait un léger temps d'arrêt avant de lui ouvrir les bras. Lorsqu'Isolde lui demandait si elle lui ressemblait lorsqu'elle était petite, sa mère répondait de manière évasive ou détournait doucement la conversation, à d'autres moments, elle pouvait la contempler avec une expression indéchiffrable, mêlant affection, tristesse et incertitude. Ces instants étaient généralement brefs, mais ils ne passaient pas inaperçus aux yeux de l'enfant, Isolde ne comprenait pas pourquoi sa mère semblait parfois si distante alors qu'elle se montrait chaleureuse à d'autres occasions, elle en vint progressivement à penser que quelque chose dans son propre comportement devait déplaire à sa mère.
Elle entreprit alors de redoubler d'efforts pour lui faire plaisir, elle cherchait à anticiper ses demandes, proposait spontanément son aide et s'appliquait à éviter tout ce qui aurait pu provoquer sa désapprobation, lorsqu'elle commettait une bêtise elle apprit rapidement à trouver les mots capables d'atténuer les reproches, quitte à arranger quelque peu la vérité. Peu à peu, Isolde développa ainsi une remarquable capacité à observer les autres, elle apprit à reconnaître une contrariété derrière un sourire, à distinguer une inquiétude d'une véritable colère et à deviner ce qu'une personne souhaitait entendre avant même qu'elle ne l'exprime.
Malgré ces difficultés, l'enfance d'Isolde ne fut pas malheureuse, elle connut les jeux avec les autres enfants, les promenades dans les environs du village, les histoires racontées au coin du feu et les petites joies d'une existence relativement paisible, sa curiosité naturelle la poussait à poser mille questions, notamment sur les légendes locales, les créatures mystérieuses et les phénomènes que les adultes attribuaient volontiers à la magie. Elle aimait particulièrement les histoires de sorcières, de malédictions et d'esprits, sans se douter que certaines de ces légendes évoquaient des créatures bien plus proches d'elle qu'elle ne pouvait l'imaginer.
Son père encourageait cette curiosité, tandis que sa mère se montrait parfois moins enthousiaste, notamment lorsqu'Isolde abordait les récits concernant les guenaudes et les enfants disparus, ces histoires semblaient provoquer chez elle un malaise inhabituel. Isolde finit par remarquer qu'il existait certains sujets qu'il valait mieux éviter à la maison.
En grandissant, elle devint une jeune fille vive, observatrice et relativement indépendante, elle possédait déjà une certaine aisance à raconter des histoires, à improviser des explications convaincantes et à obtenir de ses camarades ce qu'elle désirait par quelques paroles habilement choisies, elle n'était pas fondamentalement malveillante, mais elle avait compris très tôt que la vérité n'était pas toujours le moyen le plus efficace de se faire accepter. Derrière son assurance naissante subsistait néanmoins une inquiétude profondément enracinée : celle de ne jamais parvenir à satisfaire pleinement sa mère, Isolde ignorait encore que cette étrange distance ne venait d'aucune faute qu'elle aurait commise, elle ignorait que la femme qui l'avait élevée avait réellement perdu son enfant, et que le sentiment de manque qu'elle éprouvait depuis tant d'années n'était pas le fruit de son imagination, et surtout, elle ignorait qu'au-delà des marais de Ravenmoor, une autre mère attendait patiemment le moment où elle pourrait enfin commencer à réclamer sa fille.
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Isolde avait treize ans lorsque les premiers rêves commencèrent, au départ ils n'avaient rien de particulièrement effrayant. Elle se retrouvait seule au milieu des marais entourant Ravenmoor, marchant pieds nus sur une terre humide, enveloppée d'une brume si épaisse qu'elle distinguait à peine ses propres mains, pourtant, elle n'éprouvait aucune peur, au contraire une étrange sensation de familiarité l'accompagnait, comme si elle connaissait cet endroit depuis toujours.
Puis une voix féminine résonnait au loin, douce presque affectueuse elle prononçait son nom avec une tendresse qu'Isolde ne parvenait pas à expliquer. Lorsqu'elle tentait de rejoindre cette voix, la brume semblait s'épaissir davantage dissimulant toujours celle qui l'appelait, elle finissait invariablement par se réveiller avant de l'atteindre.
Isolde ne s'inquiéta pas immédiatement de ces songes, les histoires de sorcières, de créatures des marais et d'esprits errants faisaient partie des récits qui avaient bercé son enfance. Elle pensa simplement que son imagination lui jouait des tours, cependant, les rêves revinrent d'abord espacés de plusieurs semaines ils devinrent progressivement plus fréquents, la voix semblait chaque fois se rapprocher et les paroles qu'elle murmurait gagnaient en précision.
« N'aie pas peur, mon enfant. Tu n'es pas seule. »
Parfois, elle lui parlait de ses yeux dépareillés, de cette faculté singulière qui lui permettait de voir dans l'obscurité, ou de cette impression persistante de ne pas être tout à fait semblable aux autres, la voix lui assurait qu'il n'y avait rien de honteux dans ses différences, qu'elles constituaient, au contraire la preuve qu'elle était destinée à quelque chose de bien plus grand que l'existence des habitants de Ravenmoor, ces paroles trouvaient un écho particulier chez l'adolescente.
À la maison, les relations avec sa mère demeuraient compliquées, les années n'avaient pas fait disparaître cette réserve inexplicable qui séparait parfois les deux femmes, Isolde avait appris à vivre avec les silences et les regards interrogateurs, mais cela ne signifiait pas qu'ils avaient cessé de la blesser, la mystérieuse voix semblait, elle ne nourrir aucun doute à son égard, elle lui parlait comme à une enfant attendue depuis longtemps.
Vers ses quinze ans, les manifestations commencèrent à dépasser le cadre de ses rêves, il arrivait à Isolde d'entendre son prénom murmuré alors qu'elle se trouvait seule dans sa chambre, ou de percevoir quelques mots au milieu du bruissement des roseaux lorsqu'elle s'aventurait près des marais, chaque fois qu'elle se retournait, il n'y avait personne elle remarqua également que certaines nuits, lorsqu'elle se réveillait après avoir rêvé de la mystérieuse femme ses pieds étaient couverts de terre ou ses vêtements portaient des traces d'humidité, elle n'avait pourtant aucun souvenir d'avoir quitté son lit.
Ces découvertes commencèrent à l'effrayer, elle tenta d'abord d'en parler à son père sans toutefois lui révéler l'intégralité de ce qu'elle vivait, elle lui confia simplement qu'elle faisait régulièrement des cauchemars et qu'il lui arrivait de se réveiller sans comprendre où elle se trouvait, celui-ci chercha à la rassurer attribuant ses troubles à la fatigue ou aux inquiétudes propres à son âge, il lui conseilla de se reposer davantage et lui promit de rester disponible si quelque chose la tourmentait.
Isolde aurait voulu lui en dire plus, mais comment expliquer qu'une inconnue lui parlait dans ses rêves avec la familiarité d'une mère? Comment lui avouer que, malgré sa peur, une partie d'elle attendait impatiemment de retrouver cette voix chaque nuit ? Elle choisit finalement de garder le silence.
Sa mère adoptive, de son côté, remarqua rapidement les changements de comportement de sa fille, Isolde dormait mal paraissait parfois distraite et passait de longues périodes à contempler les marais depuis les abords du village. Lorsqu'on lui demandait ce qui occupait ses pensées, elle répondait évasivement ou inventait une explication. Sa mère ne la confronta pas directement à ces étrangetés, mais son inquiétude était perceptible, une fois encore Isolde retrouva dans son regard cette expression indéfinissable qui l'avait tant troublée durant son enfance, et une fois encore, elle préféra détourner les yeux.
Les années suivantes, les murmures devinrent plus insistants.
La silhouette féminine apparaissait désormais plus distinctement dans ses songes, Isolde pouvait parfois deviner une longue chevelure, des mains démesurément fines ou la courbe d'un sourire dissimulé derrière la brume. Pourtant, chaque fois qu'elle tentait de distinguer son visage, quelque chose semblait l'en empêcher, la voix continuait de se montrer affectueuse mais certaines paroles prenaient désormais une tournure plus troublante.
« Pourquoi t'obstines-tu à chercher leur approbation ? »
« Ils ne comprendront jamais ce que tu es. »
« Un jour, tu trouveras ceux auxquels tu appartiens véritablement. »
Ces mots, prononcés avec une douceur presque maternelle, semaient lentement le doute dans l'esprit d'Isolde, elle aimait profondément son père et ne souhaitait pas abandonner sa famille. Pourtant, les paroles de la mystérieuse femme semblaient parfois exprimer des pensées qu'elle n'avait jamais osé formuler elle-même.
À dix-sept ans, elle commença à s'aventurer volontairement dans les environs des marais, espérant comprendre l'origine de ces phénomènes, elle avait conscience du danger que représentaient ces lieux, mais une curiosité presque irrépressible la poussait à s'y rendre, particulièrement à la tombée de la nuit. Il lui arrivait de marcher pendant des heures, suivant des chemins qu'elle ne se souvenait pas avoir empruntés auparavant, malgré l'obscurité elle distinguait parfaitement les racines, les pierres et les eaux stagnantes qui bordaient son passage. Parfois, la voix se manifestait à nouveau lui indiquant une direction ou l'encourageant à poursuivre son chemin, mais lorsqu'Isolde tentait de lui poser des questions, elle ne recevait jamais de réponse véritablement satisfaisante. Qui était-elle ? Pourquoi connaissait-elle son nom ? Que lui voulait-elle ? La mystérieuse femme éludait systématiquement ces interrogations.
« Tu comprendras lorsque nous serons réunies. »
Isolde finit par développer des sentiments profondément contradictoires envers cette présence, elle la craignait autant qu'elle désirait la retrouver. Certains soirs, elle se promettait de ne plus jamais écouter ses murmures, d'autres après une journée particulièrement difficile auprès de sa mère adoptive elle se surprenait à espérer entendre de nouveau cette voix qui semblait l'accepter sans condition.
À dix-huit ans, ces expériences avaient commencé à peser lourdement sur son quotidien, Isolde était devenue une jeune femme vive, observatrice et habile à dissimuler ses émotions, elle possédait une certaine assurance, mais ses nuits agitées et ses longues absences nourrissaient des tensions de plus en plus fréquentes au sein de sa famille.
Son père continuait de lui accorder sa confiance, même lorsqu'il peinait à comprendre son comportement.
Sa mère, en revanche, supportait de plus en plus difficilement ses mensonges et ses escapades nocturnes.
Isolde sentait que quelque chose se préparait, sans savoir précisément quoi, elle ignorait que cette voix appartenait à sa véritable mère, une guenaude qui avait patiemment attendu que sa descendante soit suffisamment âgée pour commencer à l'attirer vers elle, elle ignorait également que les paroles réconfortantes entendues depuis des années n'étaient pas l'expression d'un amour maternel, mais les instruments d'une volonté ancienne, possessive et cruelle. Pour la guenaude, Isolde n'était pas une enfant à aimer, elle était une héritière à récupérer, et chaque blessure que la jeune femme recevait au sein de sa famille humaine constituait une occasion supplémentaire de l'attirer vers le destin qui lui avait été réservé avant même sa naissance.
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Isolde avait dix-neuf ans lorsque les tensions qui couvaient depuis tant d'années au sein de sa famille finirent par éclater, depuis plusieurs mois ses escapades nocturnes étaient devenues de plus en plus fréquentes. Les murmures qu'elle entendait dans les marais ne lui laissaient guère de répit, et les rêves qui hantaient ses nuits semblaient désormais se prolonger jusque dans son quotidien, elle avait pris l'habitude de quitter discrètement la maison une fois ses parents endormis, suivant cette voix mystérieuse qui l'appelait toujours plus loin dans les terres humides entourant Ravenmoor. À chaque retour, elle s'efforçait de dissimuler les traces de ses excursions, ses vêtements étaient parfois souillés, ses chaussures couvertes de boue et son visage marqué par le manque de sommeil. Lorsqu'on lui posait des questions, elle improvisait des excuses, prétextant une promenade tardive, une visite chez une connaissance ou simplement l'impossibilité de trouver le sommeil.
Son père, bien qu'inquiet, continuait de lui accorder sa confiance.
Sa mère, en revanche, n'était pas dupe.
Elle observait depuis longtemps les changements de comportement de sa fille, ses absences, ses mensonges et cette étrange fascination pour les marais ravivaient des inquiétudes qu'elle avait passé presque vingt années à tenter d'étouffer. Une nuit, Isolde rentra particulièrement tard, elle avait suivi les murmures bien au-delà des chemins qu'elle connaissait, s'aventurant dans une partie des marais où elle n'avait encore jamais osé se rendre. Lorsqu'elle avait finalement retrouvé ses esprits, elle se tenait seule au milieu des roseaux, les pieds plongés dans une eau glaciale, sans parvenir à se souvenir précisément du chemin emprunté, troublée elle était rentrée aussi rapidement que possible. En poussant la porte de la maison, elle découvrit sa mère assise près de l'âtre, une lampe allumée devant elle, la femme n'avait manifestement pas dormi, son regard se posa immédiatement sur les vêtements trempés d'Isolde, ses pieds nus et les traces de boue qui maculaient le plancher. Elle lui demanda où elle était passée, Isolde hésita un instant avant de répondre qu'elle avait simplement eu besoin de marcher pour se changer les idées.
Sa mère lui demanda alors pourquoi elle revenait dans cet état, et pourquoi ses promenades semblaient systématiquement la conduire au milieu des marais, en pleine nuit. Isolde tenta de minimiser la situation. Elle assura qu'elle n'avait rien fait de dangereux et qu'elle était parfaitement capable de prendre soin d'elle-même, mais sa mère ne se satisfit pas de cette réponse. La peur qu'elle avait ressentie durant les longues heures d'attente se transforma peu à peu en colère. Elle reprocha à sa fille son irresponsabilité, ses mensonges répétés et l'inquiétude qu'elle imposait à toute la famille. Isolde, épuisée par sa nuit et déjà troublée par les murmures qu'elle venait d'entendre, répondit plus sèchement qu'elle ne l'aurait souhaité, elle rappela à sa mère qu'elle avait dix-neuf ans et qu'elle n'était plus une enfant, cette remarque ne fit qu'envenimer la conversation, sa mère lui rétorqua que devenir adulte ne signifiait pas pouvoir disparaître sans prévenir, puis lui demanda une nouvelle fois ce qu'elle allait chercher dans ces marais.
Isolde resta silencieuse, comment aurait-elle pu lui expliquer qu'une voix féminine l'appelait depuis des années ? Qu'elle rêvait d'une inconnue qui semblait connaître les pensées les plus intimes qu'elle n'avait jamais osé partager avec sa propre famille ? Elle détourna le regard et affirma simplement que cela ne regardait qu'elle.
Sa mère se leva brusquement, elle lui reprocha alors de toujours se réfugier derrière des mensonges et des demi-vérités, de ne jamais répondre franchement et de se comporter comme si sa famille lui était devenue étrangère.
Ce dernier mot fit réagir Isolde.
« Étrangère? C'est plutôt toi qui me regardes comme une étrangère depuis que je suis petite! »
Sa mère demeura un instant interdite.
Isolde, elle, ne parvenait plus à s'arrêter.
Toutes ces années passées à chercher son approbation, à surveiller ses expressions à guetter une marque d'affection spontanée ou une parole rassurante remontèrent soudainement à la surface, elle lui demanda pourquoi elle n'avait jamais pu la regarder comme son père le faisait, pourquoi ses yeux semblaient toujours la déranger. Pourquoi, même lorsqu'elle faisait tout son possible pour lui plaire, elle avait constamment l'impression que quelque chose n'allait pas.
Sa mère tenta d'abord de nier, elle affirma qu'Isolde imaginait des choses, qu'elle s'inquiétait simplement pour elle et qu'aucun parent raisonnable ne resterait indifférent devant un tel comportement, mais Isolde refusa de la laisser détourner la conversation.
« Alors regarde-moi dans les yeux et dis-moi que tu n'as jamais eu honte de moi, dis-moi que tu ne t'es jamais demandé ce qui clochait chez ta propre fille ! »
Ces paroles frappèrent sa mère avec une violence inattendue, car derrière la colère d'Isolde se trouvait une question qu'elle-même s'était posée durant presque vingt ans, elle avait toujours repoussé ce sentiment, refusant d'admettre à voix haute ce qu'une partie d'elle soupçonnait depuis cette nuit dont les souvenirs lui échappaient. Mais face à sa fille, épuisée, tremblante et les yeux brillants de colère, sa retenue finit par céder.
« Parce que je ne te reconnais pas, Isolde ! »
La jeune femme se figea.
Sa mère poursuivit, incapable désormais de retenir les mots qui lui venaient.
« Je t'ai portée, nourrie, élevée... J'ai passé toutes ces années à essayer de comprendre ce qui n'allait pas. Mais depuis cette nuit-là, quelque chose en moi me dit que tu n'es pas mon enfant ! »
Le silence qui suivit parut interminable.
Isolde resta immobile, comme si elle venait de recevoir un coup. Pendant quelques instants, elle chercha sur le visage de sa mère un signe lui indiquant qu'elle avait mal compris, qu'il ne s'agissait que de paroles maladroites prononcées sous le coup de la colère, mais ce qu'elle y découvrit fut pire encore. Sa mère semblait elle-même terrifiée par ce qu'elle venait d'avouer.
« Alors c'est donc ça... » murmura Isolde.
Sa voix était devenue étrangement calme.
« Toutes ces années, tous ces regards... Tu as vraiment passé ta vie à penser que je n'étais pas ta fille ? »
Sa mère tenta de répondre, mais Isolde poursuivit avant qu'elle n'ait pu trouver ses mots.
« Je me suis demandé pendant des années ce que je faisais de travers. J'ai essayé d'être sage, de t'aider, de ne jamais te décevoir... Et pendant tout ce temps, tu te demandais simplement ce que j'étais. »
Les larmes lui montaient aux yeux, essayant de les retenir comme elle peut.
Sa mère fit un pas dans sa direction.
« Isolde, ce n'est pas ce que je voulais dire... »
« Alors qu'est-ce que tu voulais dire ? »
La question resta sans réponse.
C'est à cet instant que son père, réveillé par les éclats de voix, entra dans la pièce. Il trouva sa femme pâle et bouleversée, tandis qu'Isolde se tenait près de la porte, les vêtements encore trempés et les mains crispées. Lorsqu'il comprit ce qui venait d'être dit, son expression changea immédiatement. Il rappela fermement à son épouse qu'Isolde était leur fille, qu'ils l'avaient élevée ensemble et que rien ne justifiait de lui adresser de telles paroles.
Sa femme tenta de lui expliquer ce sentiment qui la poursuivait depuis tant d'années, mais il refusa d'entendre qu'elle puisse remettre en question leur enfant sur la seule base d'une intuition, Pour la première fois, une dispute éclata également entre les deux époux.
Isolde les observa quelques instants, incapable de supporter davantage cette scène, puis elle leur demanda d'arrêter, sa voix était faible mais suffisamment ferme pour imposer le silence. Elle déclara qu'elle ne voulait plus entendre parler de cette histoire et qu'elle était fatiguée de devoir constamment justifier sa propre existence.
Sans attendre de réponse, elle se retira dans sa chambre et ferma la porte derrière elle, Cette nuit-là, elle ne dormit presque pas, elle resta longtemps assise sur son lit, repassant sans cesse les paroles de sa mère dans son esprit, elle aurait voulu être en colère, mais ce qu'elle ressentait allait bien au-delà. Une part d'elle était dévastée, tandis qu'une autre éprouvait une étrange sensation de soulagement, pour la première fois elle avait obtenu la confirmation de ce qu'elle soupçonnait depuis l'enfance.
Sa mère la considérait réellement comme différente, et désormais, rien ne pourrait lui faire oublier cet aveu. Au milieu de la nuit, alors qu'elle contemplait l'obscurité derrière sa fenêtre, elle crut entendre un murmure, une voix douce, presque compatissante, qui semblait provenir des marais.
« Pauvre enfant... »
Isolde ferma les yeux, elle reconnut immédiatement cette voix qui hantait ses rêves depuis tant d'années. Mais, pour la première fois elle ne chercha pas à l'écouter. Elle se leva, alluma une bougie et commença à rassembler ses affaires, lorsque les premières lueurs de l'aube éclairèrent Ravenmoor, sa décision était prise. Elle partirait.
Son père la trouva dans sa chambre, occupée à préparer un maigre paquetage. Il tenta de la raisonner, lui assurant que les paroles prononcées la veille ne devaient pas détruire leur famille, Il lui rappela qu'elle était chez elle, qu'elle y aurait toujours sa place et qu'il l'aimerait quoi qu'il arrive.
Isolde le serra longuement dans ses bras, elle lui expliqua qu'elle ne lui reprochait rien, mais qu'elle ne pouvait plus continuer à vivre sous le même toit que sa mère après ce qu'elle venait d'entendre. Elle avait besoin de partir, de découvrir le monde et, surtout, de comprendre qui elle était loin des regards qui l'avaient accompagnée toute sa vie.
Son père finit par accepter sa décision, malgré la peine qu'elle lui causait. Il lui donna une partie de ses économies et lui fit promettre de lui écrire dès qu'elle aurait trouvé un endroit où s'installer.
Isolde accepta.
Avant de franchir la porte, elle jeta un dernier regard vers l'intérieur de la maison, sa mère n'était pas venue lui dire au revoir, elle se trouvait pourtant là, quelque part, consciente du départ de sa fille, mais incapable de trouver le courage de lui faire face après les paroles de la veille.
Isolde attendit quelques instants, puis, comprenant que personne d'autre ne viendrait, elle se détourna et quitta la maison. Elle avait dix-neuf ans lorsqu'elle prit la route, laissant derrière elle Ravenmoor, son enfance et une famille qu'elle ne savait plus comment aimer. Elle ignorait encore que sa mère adoptive venait, sans le savoir, de lui révéler une vérité bien plus terrible qu'elle ne pouvait l'imaginer, et tandis qu'elle s'éloignait du village, quelque part dans les profondeurs des marais, une autre mère semblait se réjouir de cette rupture. Pour la guenaude, les liens qui retenaient sa fille parmi les humains venaient de se fragiliser, l'appel pouvait désormais devenir plus pressant.
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Après son départ de Ravenmoor, Isolde passa plusieurs années à parcourir les routes de Varisie, vivant de petits travaux et de rencontres fortuites, elle finit par se rapprocher de voyageurs itinérants auprès desquels elle découvrit l'art de la cartomancie, notamment le tirage du Harrow. Dotée d'un sens aigu de l'observation et d'un talent certain pour la manipulation, elle apprit rapidement à se faire passer pour une voyante capable de prédire l'avenir.
Ses consultations n'avaient pourtant rien de surnaturel. Isolde se contentait de lire les expressions de ses clients, de deviner leurs préoccupations et de leur raconter ce qu'ils souhaitaient entendre, cette activité lui permettait de subsister confortablement, tout en satisfaisant son goût pour les histoires et les secrets d'autrui.
Cependant, l'Appel qui la poursuivait depuis son adolescence ne cessa de s'intensifier, la mystérieuse voix féminine devenait plus insistante, particulièrement lorsqu'Isolde se retrouvait seule ou traversait des périodes difficiles, il lui arrivait de ressentir une envie inexplicable de suivre certaines routes, comme si une volonté étrangère cherchait à guider ses pas vers une destination inconnue.
C'est au cours de sa vingt-sixième année que son existence prit un tournant inattendu, un soir alors qu'elle s'était arrêtée dans une auberge pour la nuit, un corbeau vint se poser sur le rebord de sa fenêtre. L'oiseau ne semblait nullement effrayé par sa présence et l'observait avec une intelligence troublante. Lorsqu'elle tenta de le chasser, il prononça distinctement quelques mots :
« Tu devrais cesser de l'écouter. »
Isolde comprit immédiatement qu'il faisait référence à la voix qui hantait ses rêves.
Le corbeau qu'elle finirait par nommer Suie, devint dès lors son inséparable compagnon. À travers lui, elle entra progressivement en contact avec une mystérieuse entité animée d'une profonde rancœur, dont elle ne parvint jamais à découvrir la véritable identité, cette présence semblait connaître la nature de l'Appel et nourrir une hostilité particulière envers celle qui en était à l'origine. Elle proposa à Isolde de lui enseigner une magie capable de repousser les influences qui cherchaient à la soumettre.
Méfiance et curiosité se disputèrent longtemps l'esprit de la jeune femme, mais la perspective de pouvoir enfin résister aux murmures qui la tourmentaient depuis tant d'années finit par l'emporter, elle accepta l'aide de cette entité, sans toutefois lui promettre une obéissance aveugle.
Sous la conduite de Suie, Isolde découvrit alors ses véritables pouvoirs, les malédictions, les ombres et les manifestations occultes qu'elle avait autrefois prétendu maîtriser devinrent progressivement une réalité.
Mais cette nouvelle puissance soulevait davantage de questions qu'elle n'apportait de réponses.
Pourquoi cette entité s'intéressait-elle autant à elle ? Quelle rancune pouvait-elle nourrir envers la mystérieuse femme qui l'appelait depuis son enfance ? Et surtout, Isolde avait-elle réellement échappé à une influence étrangère, ou venait-elle simplement d'en accepter une autre ?
Aujourd'hui âgée de vingt-neuf ans, Isolde a décidé de rejoindre la guilde de Ravel, elle espère y trouver les ressources, les connaissances et les rencontres nécessaires pour comprendre ses origines, découvrir la véritable identité de son patron et percer le mystère de la voix qui continue de la poursuivre. La guilde représente également pour elle l'occasion de mettre ses nouveaux pouvoirs à l'épreuve, de gagner honnêtement sa vie et de nouer des liens qui ne reposeraient ni sur ses mensonges ni sur les desseins d'une entité surnaturelle, car si Isolde a appris quelque chose au cours de ses voyages, c'est qu'elle ne supporte plus que d'autres prétendent décider de son destin, qu'il s'agisse de la femme qui l'appelle dans ses rêves ou de la puissance qui lui a accordé ses pouvoirs, elle entend bien demeurer maîtresse de sa propre existence.