Laure et Dantarion ont accompagné Satoshi dans une retraite spirituelle afin qu'il chemine sur la voie de la sagesse.
Le monastère
Notre Intendant est sans conteste une bonne personne. Je lui avais confié il y a quelque temps mon souci, avoir été envoyé à Absalom afin d'y acquérir la sagesse, mais sans pouvoir la trouver. Heureusement, il connaît beaucoup de monde. C'est ainsi qu'il m'a envoyé auprès de Maître Seijin, qui habite une petite retraite au nord de la forêt d'Immenwood, dans les contreforts des monts Kortos, à la source de la Deluge River.
Accompagné de Laure de Château-Douleurs (qui nous a guidés avec brio le long du chemin) et de Dantarion, je m'y suis rendu.
Nous y avons été très bien accueillis, par maître Seijin, un vieux moine silencieux aux pieds semblant curieusement perpétuellement mouillés. Nous avons pris nos quartiers dans sa retraite, et profité de son hospitalité. Dantarion, comme moi habitué à ce genre de situations, semble s'être senti tout de suite à l'aise, contrairement à Laure, qui s'est montrée plutôt réservée, voire méfiante, au point de ne pas vouloir dormir sur place.
Et peut-être avait-elle raison, d'ailleurs. Car ce qui s'est passé ensuite est tout de même très étrange.
L'été
Nous avons la surprise de nous retrouver tous les trois dans le même rêve, au bord d'une rivière paisible, et sous un soleil radieux. Tandis que Laure déplie son ombrelle avec un grognement dédaigneux, nous notons que ça et là sont déposés des parchemins, reprenant les préceptes de la Philosophie de Sangpotshi, comme cette inscription que nous avions découverte la veille en arrivant.
Sur l'autre rive, nous faisons aussi la connaissance d'un ours étrange et particulièrement grognon. Comme il ne semble pas être une menace directe, nous tentons de l'approcher. Guidés par les Préceptes, je fais taire ma peur et je m'avance pour le gratouiller derrière les oreilles. Je comprends alors que nos regards se croisent que l'ours n'est pas un ours, mais la personnification de ma propre agressivité. Il disparaît alors que je fais la paix avec cette partie de moi-même.
Rien de plus ne se passant, nous nous installons au milieu de la rivière pour méditer sur un rocher, là encore guidés par les Préceptes. J'aurais mieux fait de les lire plus attentivement, d'ailleurs. L'eau montant soudainement, nous voyons surgir et se ruer vers nous une vague habitée de créature élémentaires. Mes compagnons gardent leur calme, mais m'attendant au pire, je m'installe dans une posture défensive. Peut-être est-ce cela qui a contrarié une de ces créatures qui s'est attardée sur nous alors que ses congénères poursuivaient leur chemin. Un bref combat s'en est ensuivi, lors duquel Laure aura pu regretter de ne pas avoir montré tout son potentiel. Oui, c'était mouillé, et apparemment ça glissait pas mal.
Mais une fois l'élémentaire vaincu, nous avons poursuivi notre chemin.
L'automne
Encore une rivière, encore un Précepte.
Nous faisons la rencontre d'un fidèle de Zon Kuthon. Une bien étrange foi que la sienne. Mais les Préceptes commandent de respecter les enseignements des sages et des érudits et de ne pas entraver la recherche spirituelle d'autrui si elle vise l'amélioration de son âme. Sans doute cet homme s'est-il égaré au service d'un dieu maléfique, mais sa quête lui est personnelle. Il ne fait de mal à personne d'autre que lui-même dans son étrange recherche de la souffrance, et bien que l'envie de le remettre sur le droit chemin à l'aide de quelques baffes bien placées nous ait traversé l'esprit, nous le laissons à sa divine souffrance et nous poursuivons notre chemin.
L'hiver
Encore une rivière, encore un Précepte.
Mais impossible pour nous d'aller le lire ni de traverser la rivière gelée, car un puissant roc se saisit de nous à chaque tentative et nous ramène à notre point de départ. Un bien étrange situation. Qu'attend ce roc ? Peut-être à manger ? Laure nous guide alors vers une proie digne de lui, en suivant les pas d'une grande créature, que nous finissons par débusquer : un mammouth.
Laure nous indiquant que cet adversaire est à notre portée, nous décidons de le chasser. Je remarque alors dans le regard de Dantarion une lueur fugace que je peine à interpréter, et un demi-sourire qui naît aux coins de ses lèvres. L'excitation du combat peut-être ? Toujours est-il que nous abattons ce mammouth sans trop de difficulté. Laure peine à nouveau à montrer ses talents offensifs, la neige, peut-être ? Par contre, elle me stupéfie en parant de sa simple dague le coup que la bête lui assène d'une défense plus grande qu'elle...
Le roc, attiré par la carcasse, disparaît alors du bord de la rivière, et nous pouvons traverser, vers la prochaine scène.
Le printemps
Encore une rivière, encore un précepte. N'ai-je pas déjà écrit cela ?
Nous parvenons dans un paisible cimetière. Ici les Préceptes nous mettent en garde contre la violence et ses conséquences. Alors que nous traversons la rivière, l'eau semble se changer en sang, comme un lugubre avertissement. Nous nous asseyons, et nous attendons. Une moniale d'Irori passe alors près de nous, et nous échangeons des salutations polies. Avons-nous échappé à un féroce combat ? Peut-être. Mais notre chemin ne s'arrête pas ici.
Les ruines intemporelles
La rivière ici se fait tumultueuse, torrentielle. Elle court parmi des ruines, et en rejoint une autre. Bien sûr. Toute fin est un commencement, je le comprends à présent. Un précepte nous attend sur l'autre rive. Difficile à atteindre, mais pas pour un moine adepte du voyage instantané.
N'ayez pas peur de vous jeter à l'eau, dit le dernier Précepte. Et Laure nous montre la voie en tombant dans la rivière. Nous l'y rejoignons. L'eau nous emporte vers la fin du rêve.
Maître Seijin nous y attend. C'est drôle, dans notre rêve, il parle. Il nous félicite d'être parvenu jusqu'à lui, et nous nous réveillons alors.
Un Précepte dit qu'on ne franchit jamais deux fois la même rivière. Je comprends maintenant ce qu'il signifie. La Rivière de Vie que nous avons franchie à maintes reprises lors de cette aventure n'était jamais la même. Même si c'était finalement la même eau. Ce qui changeait, c'était le regard que nous portions sur elle, enrichi à chaque rencontre et chaque épreuve.
Je ne sais pas si je suis devenu plus sage.
Mais je me pose certainement bien plus de questions qu'avant. Peut-être est-ce un début ?
Est-ce que j'aurais les pieds mouillés, moi aussi, si je continue à traverser la Rivière de Vie ? Je crois que ça m'embêterait, j'ai horreur d'avoir les chaussettes mouillées, c'est un truc à prendre froid.
Signé : Satoshi