De stature solide et ancrée, cet humain donne l’impression d’être taillé dans la roche plutôt que né de chair. Sa carrure est large, épaules épaisses, dos droit comme un pilier de soutènement. Chaque mouvement est mesuré, lourd sans être lent, évoquant la patience inexorable de la montagne.
Sa peau porte la marque de son lien aux éléments : rugueuse par endroits, parcourue de fines veines sombres rappelant des filons minéraux sous la surface. Lorsqu’il canalise son pouvoir, elle semble se durcir légèrement, prenant l’aspect mat de la pierre polie. Ses mains, larges et calleuses, sont marquées de cicatrices anciennes et de traces métalliques incrustées, comme si le fer avait parfois fusionné avec sa chair.
Son visage est anguleux, aux traits nets et fermes. Une mâchoire carrée, un nez droit, et des pommettes hautes lui donnent un air sévère, presque austère. Ses yeux, d’un gris acier ou brun terreux, brillent d’un éclat froid lorsqu’il se concentre, reflétant la rigidité du métal autant que la profondeur de la roche. Ses cheveux, sombres et épais, sont souvent courts ou attachés, parsemés de mèches plus claires évoquant la poussière minérale.
Il porte rarement des armures complètes : le métal lui obéit déjà. Ses vêtements sont fonctionnels, faits de cuir renforcé et de plaques métalliques sobres qu’il façonne et ajuste lui-même. À sa ceinture pendent des fragments de minerai, des clous forgés à la main ou des talismans de pierre brute — non par superstition, mais par respect.
Aurel parle peu, mais chaque mot est pesé.
Il n’est pas du genre à s’emporter ou à réagir dans la précipitation.
Face au danger, il ne panique pas : il encaisse, observe, puis agit.
« La montagne ne crie pas. Elle tient. »
Karstveil n’apparaissait sur aucune carte importante. Un hameau accroché à la montagne, né d’un filon de fer et condamné à disparaître le jour où la roche serait vide.
Pour Aurel Varrek, c’était pourtant le centre du monde.
Il se souvenait encore de la voix grave de son père résonnant dans la carrière.
« La pierre, Aurel. Tu ne la forces pas. Tu l’écoutes. »
Daren Varrek, tailleur de pierre, avait des bras comme des piliers et un regard calme, même face à un mur prêt à s’effondrer. Maela, sa mère, faisait chanter le métal à la forge. Les étincelles illuminaient son visage fatigué, mais fier.
« Un outil mal forgé finit toujours par trahir celui qui l’utilise. »
Aurel grandit entre ces deux leçons : la patience de la terre et l’honnêteté du métal.
Dès qu’il sut marcher droit, Aurel porta des charges trop lourdes pour son âge. Il ne se plaignait pas. Il observait. Les fissures dans la roche, les vibrations avant un effondrement, la manière dont le métal réagissait à la chaleur.
Sa sœur Elren, plus jeune de trois ans, riait de son sérieux.
« Tu regardes la pierre comme si elle allait te répondre. »
« Elle le fait. Tu n’écoutes juste pas assez longtemps. »
Elle roulait des yeux, mais restait toujours près de lui.
L’éboulement survint sans avertissement. Un craquement sec. Un souffle. Puis la panique.
« DAREN ! » cria quelqu’un depuis l’entrée de la galerie.
Aurel courut. La poussière brûlait les poumons. Il vit la paroi céder, lentement, inexorablement.
Son père était là-dessous.
Aurel posa les mains contre la roche, sans réfléchir.
« Non… non, pas maintenant… »
Quelque chose se déchira en lui — ou peut-être s’ouvrit.
La pierre se figea.
Pas dura. Obéit.
Les outils vibrèrent, attirés vers lui, plaquant le métal contre la roche comme des agrafes vivantes.
Silence.
Quand la poussière retomba, la galerie tenait encore.
Son père le fixa, incrédule.
« Aurel… qu’as-tu fait ? »
« Je… je l’ai empêchée de tomber. »
Maela, arrivée en courant, posa une main tremblante sur la paroi.
« Ce n’est pas normal… »
Le village murmura. Certains s’inclinaient. D’autres évitaient son regard.
Un ancien cracha au sol.
« Ce genre de pouvoir attire les malheurs. »
Maela ne dormit plus paisiblement. Daren, lui, resta silencieux plusieurs jours.
Puis il dit simplement :
« Tu ne peux pas rester ici. Pas comme ça. »
Bram Hesk arriva un matin brumeux. Un homme taillé comme un bloc de granit, au regard aussi tranchant qu’un burin.
Il observa Aurel longtemps, sans un mot.
Puis :
« La terre te parle. Le métal t’écoute. Mais tu ne contrôles encore rien. »
L’entraînement fut brutal. Chaque erreur brûlait de l’intérieur. Chaque succès laissait Aurel vidé.
« Le pouvoir n’est pas une récompense. C’est une charge. », répétait Bram.
« Si tu cherches à dominer, il te brisera. »
La nuit avant son départ, Aurel s’assit avec sa famille près de la forge éteinte.
Elren serrait les poings.
« Tu reviens, hein ? »
« Oui. Quand je saurai tenir ce que je suis devenu. »
Maela l’embrassa longuement.
« N’oublie jamais d’où tu viens. »
Daren posa une main lourde sur son épaule.
« Tu es un Varrek. Tu soutiens. Tu ne cèdes pas. »
Aurel quitta Karstveil avant l’aube.
Absalom faillit l’écraser. Trop grande. Trop vivante. Trop instable.
La guilde de Ravel lui offrit un cadre, une raison d’être. On lui demanda ce qu’il savait faire.
Il répondit simplement :
« Empêcher les choses de s’effondrer. »
Lors de sa première mission, lorsqu’il activa sa Metal Carapace, le métal se forgea sur sa peau comme une seconde chair. Des boucliers métalliques se mirent à graviter autour de lui, lourds, silencieux.
Un vétéran murmura :
« Par les dieux… il est une forteresse vivante. »
Aurel ne se voit pas comme un héros.
« Les héros tombent. Les fondations restent. »
Il combat pour ceux qui bâtissent, pour ceux qui tiennent bon. Il rêve d’un jour où il pourra rentrer chez lui sans être une menace, mais une garantie.
Quand on lui demande pourquoi il se bat, il répond :
« Parce que tout mérite un sol solide sous ses pieds. »
Et quand le métal se met à tourner autour de lui, quand la terre se lève à son appel, ce n’est pas de la colère.
C’est une promesse.