Nerha a une silhouette humanoïde élancée, d’une taille proche de celle d’une humaine, mais son corps trahit immédiatement une origine qui n’est ni animale ni véritablement mortelle. Sa posture est souple, presque fluide, comme si chaque mouvement naissait d’une lente croissance plutôt que d’une impulsion musculaire.
Sa peau n’est pas une peau au sens strict. Elle évoque l’écorce jeune d’un arbre ancien, lisse par endroits, nervurée ailleurs de fines veines verdoyantes où circule une sève pâle et lumineuse. À la lumière, cette texture change subtilement de teinte, passant du vert profond au brun doré selon l’angle et l’heure du jour.
Son visage conserve des traits doux et harmonieux, mais aucun ne semble totalement figé. Ses pommettes sont délicatement marquées de motifs végétaux, comme des feuilles à peine esquissées sous la surface. Ses lèvres, d’un vert plus sombre, paraissent toujours humides, comme couvertes de rosée matinale. Ses yeux, grands et calmes, brillent d’un éclat végétal un vert clair traversé de reflets dorés et donnent souvent l’impression qu’elle observe plus qu’elle ne regarde.
Ses cheveux sont une masse vivante de lianes fines, de tiges souples et de feuilles longues, qui poussent librement jusqu’au milieu de son dos. Selon les saisons ou son état d’esprit, ils peuvent porter de petites fleurs discrètes, parfois déjà fanées, parfois fraîchement écloses. Quand elle se déplace, ils bruissent doucement, comme un feuillage agité par un vent absent.
Ses mains sont longues, aux doigts fins et légèrement effilés. À l’extrémité, les ongles ressemblent davantage à de petites excroissances de bois poli qu’à de la kératine. Lorsqu’elle touche une plante ou la terre nue, on peut voir ses doigts s’immobiliser un instant, comme s’ils cherchaient à s’enraciner.
Son corps est partiellement recouvert de plaques végétales naturelles des superpositions de feuilles épaisses et de fibres durcies qui forment une protection organique, rappelant une armure primitive façonnée par la croissance plutôt que par l’artisanat. Le reste de sa tenue est simple : tissus naturels, cordes de chanvre, éléments récupérés, toujours choisis pour ne pas entraver le vivant.
Lorsqu’elle marche, Nerha ne fait presque aucun bruit. Son pas est léger, respectueux, et il arrive que l’herbe se redresse derrière elle, comme si le sol reconnaissait sa présence. Une légère odeur de terre humide et de verdure fraîche l’accompagne en permanence, discrète mais apaisante.
Dans son ensemble, Nerha ne donne jamais l’impression d’être une créature déguisée en humanoïde.
Elle ressemble plutôt à une plante qui a choisi, pour un temps, de marcher parmi les peuples du monde.
Nerha a une silhouette humanoïde élancée, d’une taille proche de celle d’une humaine, mais son corps trahit immédiatement une origine qui n’est ni animale ni véritablement mortelle. Sa posture est souple, presque fluide, comme si chaque mouvement naissait d’une lente croissance plutôt que d’une impulsion musculaire.
Sa peau n’est pas une peau au sens strict. Elle évoque l’écorce jeune d’un arbre ancien, lisse par endroits, nervurée ailleurs de fines veines verdoyantes où circule une sève pâle et lumineuse. À la lumière, cette texture change subtilement de teinte, passant du vert profond au brun doré selon l’angle et l’heure du jour.
Son visage conserve des traits doux et harmonieux, mais aucun ne semble totalement figé. Ses pommettes sont délicatement marquées de motifs végétaux, comme des feuilles à peine esquissées sous la surface. Ses lèvres, d’un vert plus sombre, paraissent toujours humides, comme couvertes de rosée matinale. Ses yeux, grands et calmes, brillent d’un éclat végétal un vert clair traversé de reflets dorés et donnent souvent l’impression qu’elle observe plus qu’elle ne regarde.
Ses cheveux sont une masse vivante de lianes fines, de tiges souples et de feuilles longues, qui poussent librement jusqu’au milieu de son dos. Selon les saisons ou son état d’esprit, ils peuvent porter de petites fleurs discrètes, parfois déjà fanées, parfois fraîchement écloses. Quand elle se déplace, ils bruissent doucement, comme un feuillage agité par un vent absent.
Ses mains sont longues, aux doigts fins et légèrement effilés. À l’extrémité, les ongles ressemblent davantage à de petites excroissances de bois poli qu’à de la kératine. Lorsqu’elle touche une plante ou la terre nue, on peut voir ses doigts s’immobiliser un instant, comme s’ils cherchaient à s’enraciner.
Son corps est partiellement recouvert de plaques végétales naturelles des superpositions de feuilles épaisses et de fibres durcies qui forment une protection organique, rappelant une armure primitive façonnée par la croissance plutôt que par l’artisanat. Le reste de sa tenue est simple : tissus naturels, cordes de chanvre, éléments récupérés, toujours choisis pour ne pas entraver le vivant.
Lorsqu’elle marche, Nerha ne fait presque aucun bruit. Son pas est léger, respectueux, et il arrive que l’herbe se redresse derrière elle, comme si le sol reconnaissait sa présence. Une légère odeur de terre humide et de verdure fraîche l’accompagne en permanence, discrète mais apaisante.
Dans son ensemble, Nerha ne donne jamais l’impression d’être une créature déguisée en humanoïde.
Elle ressemble plutôt à une plante qui a choisi, pour un temps, de marcher parmi les peuples du monde.
Il est difficile de passer longtemps auprès de Nerha sans sentir que quelque chose, en elle, échappe aux catégories ordinaires. Ce n’est pas seulement son apparence végétale qui la distingue, mais la façon dont le monde vivant semble répondre à sa présence.
Lorsqu’elle est immobile, attentive, une lueur douce palpite sous la surface de son torse, comme un cœur fait de sève et de lumière verdoyante. Ce rythme lent et régulier n’est jamais ostentatoire, mais ceux qui le remarquent ne peuvent s’empêcher de le fixer, pris d’un sentiment de calme étrange, presque hypnotique. À ces moments-là, l’air autour d’elle paraît plus lourd, plus riche, comme après une pluie bienfaisante.
Les plantes, surtout, ne l’ignorent jamais. Les feuilles se tournent subtilement vers elle, les tiges se redressent à son approche, et même les végétaux les plus malmenés par la ville semblent retrouver un instant de vigueur lorsqu’elle passe. Ce ne sont pas des miracles visibles, plutôt de petites concessions du vivant, comme si la nature reconnaissait en Nerha une voix qu’elle a appris à écouter.
Sa voix, lorsqu’elle s’adresse aux autres, reste basse et mesurée, traversée d’un souffle feutré qui évoque le bruissement des branches sous un vent léger. Il arrive que, dans le silence, on ait l’impression qu’elle murmure encore, non pas à ses interlocuteurs, mais au sol, aux murs couverts de mousse, aux rares herbes qui percent les pavés. Ceux qui l’entendent parler ainsi sans qu’elle ne semble s’en rendre compte repartent souvent troublés, avec la sensation d’avoir surpris quelque chose d’intime.
Sa chevelure végétale, faite de lianes et de tiges souples, trahit ses émotions bien plus qu’elle ne le souhaiterait. De petites fleurs y apparaissent parfois sans prévenir, pâles et fragiles lorsqu’elle est inquiète, plus vives et colorées quand elle se sent en paix. En revanche, lorsque la colère ou la tristesse l’envahissent, ces fleurs se flétrissent rapidement et tombent d’elles-mêmes, laissant derrière elles une impression de fin de saison prématurée.
À la base de sa nuque, dissimulée sous ce feuillage vivant, se trouve une marque sombre, circulaire, semblable à une cicatrice de bois ancien. Nerha évite que l’on y pose les yeux ou les doigts, et les rares plantes qui croissent à proximité de cette blessure semblent toujours crispées, comme si elles se souvenaient d’un geste qui n’aurait jamais dû être accompli. Cette trace silencieuse est l’un des rares signes visibles d’un passé qu’elle ne raconte pas.
Elle porte toujours sur elle un petit coffret de bois vivant, attaché à sa ceinture ou suspendu en bandoulière. Il paraît ordinaire au premier regard, mais reste tiède au toucher, et il arrive qu’il vibre imperceptiblement, en réponse à son état d’esprit. Beaucoup ressentent un malaise diffus lorsqu’ils s’en approchent trop, une intuition primitive leur soufflant que ce coffret ne devrait pas être ouvert, ni déplacé.
Enfin, partout où Nerha passe, elle laisse derrière elle une odeur légère de terre humide et de verdure fraîche, comme le souvenir d’un jardin après l’averse. Ce parfum discret persiste parfois longtemps après son départ, assez pour que l’on se demande si elle est vraiment partie — ou si une part d’elle est restée, enracinée là où elle s’est arrêtée.
Nerha ne porte rien qui puisse être qualifié de réellement fabriqué au sens classique du terme. Sa tenue semble plutôt être le résultat d’un équilibre patient entre ce qu’elle a trouvé, ce qu’on lui a donné, et ce que le vivant a accepté de devenir avec elle.
Elle est vêtue de tissus naturels, aux teintes sobres et terreuses, choisis pour leur souplesse et leur résistance plutôt que pour leur esthétique. Des bandes de lin brut et de chanvre s’enroulent autour de son torse et de ses hanches, maintenues par des liens végétaux tressés à la main. Le tissu est souvent renforcé par de fines fibres durcies, presque ligneuses, intégrées au fil du temps par croissance lente plutôt que par couture. Rien n’est parfaitement symétrique, et chaque pièce porte les marques d’ajustements successifs, comme si la tenue avait appris à s’adapter à elle.
Par-dessus ces vêtements simples, Nerha porte parfois une cape légère, faite d’un mélange de toile grossière et de feuilles épaissies, traitées pour résister à la pluie sans perdre leur souplesse. Cette cape n’est jamais entièrement sèche ni totalement humide ; elle conserve une fraîcheur constante, et ses bords se fondent presque dans la végétation lorsqu’elle se tient immobile. Quand elle marche, elle se referme légèrement autour d’elle, comme mue par une volonté propre.
À ses bras et à ses jambes, elle porte des protections organiques, des plaques végétales formées de couches de feuilles épaisses et de fibres compactées. Elles ne semblent pas attachées par des sangles visibles, mais maintenues en place par un entrelacs de racines fines qui s’ajustent lentement à chacun de ses mouvements. Ces éléments ne cherchent pas à imiter une armure métallique ; ils offrent une protection discrète, silencieuse, presque intime.
Parmi ses accessoires, certains attirent inévitablement l’attention. Elle s’appuie souvent sur un bâton vivant, taillé non pas par la lame mais guidé par la croissance. Le bois en est ancien, veiné de marques naturelles, et de petites pousses y apparaissent parfois avant de se résorber d’elles-mêmes. Lorsqu’elle le plante dans le sol, il semble s’y enraciner brièvement, comme s’il hésitait à repartir.
Toujours à portée de main pend une bourse d’herboriste, remplie de sachets de toile, de fioles en verre recyclé et de petits outils de bois ou d’os. Elle y conserve des graines, des fragments d’écorce, des feuilles séchées, mais aussi des objets que seuls les connaisseurs reconnaîtraient comme précieux. Chaque compartiment est marqué par des symboles discrets, gravés ou brûlés, que Nerha seule semble lire sans effort.
À sa ceinture ou portée en bandoulière repose le coffret de bois vivant qu’elle ne quitte jamais. Sa surface est parcourue de nervures semblables à des veines, et les motifs gravés à même la matière semblent parfois changer légèrement, comme si le bois se souvenait. Nerha le touche souvent du bout des doigts, un geste machinal, presque rassurant, sans jamais l’ouvrir en public.
Enfin, elle porte peu d’ornements. Pas de bijoux métalliques, presque pas de pierre. Lorsqu’un pendentif ou un bracelet apparaît, il est fait de graines polies, de bois fossilisé ou de fibres tressées. Ces objets n’ont rien de décoratif : chacun est lié à un lieu, à une plante, à une promesse silencieuse. Nerha les porte non pour être vue, mais pour se souvenir.
Le caractère de Nerha est façonné par le temps long, par l’écoute et par une attention constante à ce qui se dit sans paroles. Elle n’est ni froide ni distante, mais elle aborde le monde avec une retenue naturelle, comme quelqu’un qui a appris que chaque mot prononcé laisse une trace, parfois plus profonde qu’on ne l’imagine. Elle parle peu, choisit ses phrases avec soin, et accepte sans difficulté les silences prolongés. Pour elle, le calme n’est jamais un vide, mais un espace où quelque chose peut enfin être entendu.
Nerha observe avant d’agir. Face à une situation nouvelle, elle préfère comprendre les forces en présence, sentir les tensions invisibles, percevoir ce qui ne se manifeste pas encore. Cette prudence n’est pas de la peur, mais une forme de respect pour les êtres vivants, pour les lieux, pour les conséquences. Elle croit profondément que toute chose a son rythme propre, et que forcer un événement est souvent la première erreur.
Sa compassion est réelle, mais discrète. Elle n’offre ni grands discours ni gestes spectaculaires ; son aide se manifeste par des actes concrets, parfois si simples qu’on ne les remarque qu’après coup. Elle prend soin sans s’annoncer, répare sans réclamer de gratitude, et s’éloigne sans attendre de reconnaissance. Lorsqu’elle s’attache, c’est durablement, mais elle exprime cet attachement par la constance plutôt que par l’effusion.
Malgré cette douceur apparente, Nerha n’est pas passive. Lorsqu’une limite est franchie lorsqu’un être vivant est exploité, détruit ou contraint contre sa nature quelque chose se durcit en elle. Sa colère, rare, est silencieuse et déterminée. Elle ne s’emporte pas ; elle agit. Ceux qui ont déjà croisé ce regard calme devenu inflexible comprennent vite qu’il ne s’agit pas d’une émotion passagère, mais d’une décision enracinée.
Elle entretient une relation complexe avec l’idée de mort. Pour Nerha, mourir n’est pas une fin absolue, mais ce n’est pas non plus une simple transition. Chaque existence compte, précisément parce qu’elle laisse une empreinte unique sur le monde. Cette conviction la rend méfiante face à ceux qui traitent la vie végétale ou non comme une ressource renouvelable à l’infini. Elle ne juge pas ouvertement, mais elle n’oublie jamais.
En société, Nerha peut sembler étrange, parfois difficile à cerner. Elle comprend les émotions des autres mieux qu’elle ne maîtrise les codes sociaux. Elle peut manquer de tact sans le vouloir, poser une question trop directe ou offrir une vérité brute, simplement parce qu’elle ne voit pas l’intérêt de la dissimuler. Pourtant, sa sincérité tranquille finit souvent par inspirer confiance, même chez ceux qui se méfiaient d’elle au départ.
Au fond, Nerha est guidée par un désir simple et exigeant : vivre de manière juste, en accord avec ce qu’elle est, sans imposer sa forme au monde ni laisser le monde la façonner de force. Elle avance lentement, mais avec une constance inébranlable, convaincue que même la plus petite pousse peut, avec le temps, fissurer la pierre.
La motivation de Nerha ne naît ni d’une quête de gloire, ni d’un désir de richesse, ni même d’un simple instinct de survie. Elle prend racine dans quelque chose de plus profond, plus ancien : la nécessité de donner un sens à chaque existence qu’elle traverse.
Ayant vécu plusieurs vies, Nerha sait que le temps peut devenir une illusion dangereuse. Quand on a la certitude de pouvoir repousser, il devient tentant de considérer chaque mort comme une étape sans importance. Elle refuse cette facilité. Pour elle, chaque incarnation doit compter, non pas parce qu’elle est la dernière, mais parce qu’elle est unique. Sa motivation première est donc de vivre de telle sorte que, si elle devait mourir demain, sa graine porterait autre chose que des regrets ou des compromis imposés.
Elle avance aussi pour écouter. Le monde, tel qu’elle le perçoit, est rempli de voix étouffées des plantes, bien sûr, mais aussi des lieux blessés, des écosystèmes brisés, des formes de vie réduites au silence par l’ambition, la guerre ou l’indifférence. Nerha ne se voit pas comme une sauveuse, encore moins comme une juge. Elle se considère comme un relais. Elle va là où l’on ne veut plus entendre, là où le vivant a été forcé de se taire, afin de comprendre ce qui a été perdu et ce qui peut encore l’être.
Sa fuite de Nex a laissé en elle une tension constante. Elle sait que ce royaume de mages ne l’a pas oubliée, et qu’un jour, on cherchera peut-être à la ramener, au nom du progrès, de l’ordre ou de la science. Devenir aventurière est aussi une manière de se rendre insaisissable, de ne jamais rester assez longtemps au même endroit pour redevenir un objet d’étude. Chaque pas qu’elle fait est un pas de plus vers une liberté qu’elle entend défendre jusqu’au bout.
Mais au-delà de la fuite et de la résistance, Nerha est animée par un espoir plus fragile, presque naïf : la possibilité que le cycle ne soit pas qu’un mécanisme, mais un choix. Elle veut croire qu’en agissant avec justesse, en respectant la nature profonde des êtres et des lieux, elle peut influencer ce que deviendra sa prochaine pousse non pas en la contrôlant, mais en lui léguant un monde un peu moins brisé, et une mémoire moins lourde.
Enfin, Nerha est mue par une curiosité patiente. Absalom lui a montré que le chaos pouvait être fertile, que même dans la pierre et la foule, la vie trouvait des chemins inattendus. Elle veut explorer ces contradictions, comprendre comment le vivant s’adapte là où tout semble lui être hostile. Chaque aventure est pour elle une nouvelle parcelle de vérité, une nouvelle racine qu’elle enfonce dans le sol du monde.
Ainsi, Nerha avance, non pour changer le monde d’un coup, mais pour y laisser une trace honnête. Elle marche avec la certitude tranquille que les grandes forêts ne naissent pas de gestes héroïques, mais d’innombrables décisions justes, prises une à une, par ceux qui acceptent de prendre le temps d’écouter.
Il existe, à Quantium, des jardins qui ne figurent sur aucune carte officielle.
Des enclaves de verdure enchâssées entre des tours d’ivoire alchimique et des laboratoires aux vitres plombées, où la végétation pousse selon des règles qui ne sont ni tout à fait naturelles, ni totalement artificielles. C’est là, dans l’un de ces jardins silencieux, que Nerha ouvrit les yeux pour la sixième fois.
Elle ne cria pas.
Les ghorans ne crient jamais à la naissance.
Elle inspira, lentement, par des poumons encore imprégnés de sève, et le monde entra en elle comme une conversation déjà commencée. Le sol parla en premier un murmure grave, patient, chargé de mémoires minérales. Les racines alentour reconnurent sa présence avant même que les hommes ne la notent sur leurs registres. Les feuilles frémirent légèrement, comme si elles s’inclinaient.
La Sixième Pousse était née.
Nerha était citoyenne du Nex.
Cela signifiait qu’elle avait un nom légal, une valeur estimée, un potentiel mesuré. Cela signifiait aussi que sa vie et ses morts appartenaient en partie à l’État mage.
Les ghorans de Nex n’étaient pas élevés comme ailleurs. On ne les laissait pas simplement être. On les observait, on les affinait, on les corrigeait. On disait que c’était pour leur bien, pour préserver leur cycle, pour comprendre les mystères de la vie végétale. Nerha savait que ce n’était pas un mensonge… mais pas toute la vérité non plus.
Dès ses premiers jours, elle comprit qu’elle était différente de ses incarnations précédentes.
Non pas plus forte.
Non pas plus belle.
Mais plus attentive.
Elle n’entendait pas seulement les plantes.
Elle les comprenait.
Pas par des mots jamais par des mots mais par des impressions profondes, des impulsions émotionnelles, des vérités simples et anciennes. Une racine ne ment jamais. Une feuille n’a pas d’agenda. Une fleur ne désire qu’une chose : être fidèle à ce qu’elle est.
Les jardiniers remarquèrent vite que les plantes autour d’elle prospéraient autrement. Les greffes prenaient mieux. Les pousses malades se redressaient. Certaines espèces expérimentales, réputées instables, se calmaient à son approche, comme si elles acceptaient enfin leur propre forme.
On parla d’empathie végétale accrue.
On nota cela dans un rapport.
Les souvenirs des vies passées revenaient à Nerha comme la rosée du matin : jamais là quand on la cherche, toujours présente quand on ne l’attend pas.
Elle se souvenait d’avoir été immobile pendant des décennies, gardienne d’un jardin sacrificiel où l’on testait des toxines capables de tuer même les plantes pensantes. Elle se souvenait d’un mage qui parlait d’elle comme d’un outil, sans méchanceté simplement parce qu’il ne savait pas faire autrement. Elle se souvenait d’avoir voyagé, un temps, comme symbole diplomatique, présentée comme la preuve que Nex maîtrisait la vie mieux que quiconque.
Mais ces souvenirs n’étaient pas ce qui la hantait.
Ce qui la troublait, c’était ce qu’elle entendait sous eux.
Les plantes qu’elle croisait, même les plus jeunes, semblaient la reconnaître. Certaines portaient en elles des échos d’événements qu’elle n’avait pas vécus des incendies, des guerres, des massacres silencieux perpétrés loin des yeux humains. Le sol lui parlait de sang absorbé, de cendres digérées, de villes mortes redevenues poussière fertile.
Et dans ces murmures revenait toujours la même idée, simple et implacable :
Rien ne doit être forcé à repousser.
Ce fut cette conviction qui la condamna.
Lors d’une inspection officielle, Nerha osa formuler une objection. Une seule. Elle suggéra que certaines lignées végétales artificielles de Nex souffraient non pas physiquement, mais existentiellement. Qu’elles étaient maintenues dans un état contraire à leur nature profonde. Qu’elles demandaient, silencieusement, la fin.
Le silence qui suivit fut glacial.
Les arcanistes échangèrent des regards. Les scribes notèrent. Les botanistes cessèrent de sourire.
On ne punit pas Nerha.
On ne la menaça pas.
On lui proposa une correction.
Un ajustement subtil de sa prochaine graine. Une taille rituelle destinée à “atténuer la surcharge empathique”. À la rendre plus stable. Plus conforme. Moins… réceptive.
Cette nuit-là, Nerha parla longtemps avec les plantes du jardin.
Elle leur demanda conseil.
Les racines lui offrirent une certitude.
Les feuilles lui offrirent un avertissement.
Les fleurs lui offrirent une promesse.
Si elle acceptait, elle continuerait d’exister.
Si elle refusait, elle deviendrait enfin elle-même.
Son départ fut légal.
Presque courtois.
Elle déclara un voyage d’étude, un désir d’observer des écosystèmes urbains complexes. Absalom, la Cité au Centre du Monde, fut jugée appropriée. Personne ne s’étonna qu’un ghoran souhaite comprendre comment la nature survit au milieu du chaos humain.
Elle emporta peu de choses.
Des vêtements simples.
Un bâton vivant, greffé à partir d’un arbre qui l’avait suppliée de ne pas rester.
Et surtout, un coffret scellé, fait de bois ancien et de symboles gravés avec soin.
À l’intérieur reposait sa graine.
Non pas confiée à Nex.
Non pas promise à une prochaine pousse contrôlée.
La sienne.
Absalom fut un choc.
Les plantes y criaient plus qu’elles ne murmuraient. Les arbres des places publiques portaient les cicatrices de siècles de tailles brutales. Les herbes des pavés connaissaient la faim, la peur, mais aussi une résilience féroce. Rien n’était harmonieux… et pourtant tout persistait.
Pour la première fois, Nerha entendit des plantes heureuses d’exister sans but.
Elle trouva sa place lentement. Comme herboriste d’abord. Comme conseillère ensuite. Les jardiniers l’écoutaient sans toujours comprendre pourquoi leurs cultures s’amélioraient après ses visites. Les druides la respectaient, même si elle ne partageait pas toutes leurs croyances. Les prêtres de Pharasma la regardaient avec méfiance elle ne leur en voulait pas.
Elle, qui avait tant repoussé, découvrait enfin ce que signifiait choisir de pousser.
Devenir aventurière ne fut pas une décision soudaine.
Ce fut une conséquence.
Sans jamais le nommer, Nerha poursuit quelque chose qui ressemble à une question inachevée plutôt qu’à un objectif.
Ainsi, Nerha avance sans proclamer de quête.
Mais à chaque pas, elle se rapproche d’une vérité qu’elle ne peut pas encore formuler :
celle de ce que signifie vraiment repousser sans être prisonnière du cycle.
Certaines plantes d’Absalom lui parlèrent de lieux lointains. De sols blessés. De forêts réduites au silence par des forces qui ne respectaient aucun cycle. Elles lui demandèrent d’écouter ailleurs. De porter leur voix là où elles ne pouvaient aller.
Et pour la première fois, Nerha répondit non pas par devoir…
mais par désir.
Si elle devait mourir un jour, que ce soit en ayant écouté le monde jusqu’au bout.
Si elle devait repousser, que ce soit libre.
Ainsi commença la vie d’aventurière de Nerha de la Sixième Pousse,
celle qui marche doucement,
celle qui parle peu,
celle qui entend ce que même les dieux oublient parfois d’écouter
celle qui est désormais une Ravelienne.